À l’approche de compétitions majeures, le football féminin camerounais se retrouve dans une situation pour le moins paradoxale. Alors que les différentes sélections nationales féminines sont engagées sur plusieurs fronts, éliminatoires de Coupe du Monde et Coupe d’Afrique des Nations, aucune d’entre elles ne dispose, à ce jour, d’un sélectionneur principal officiellement nommé. Une réalité qui interroge. Une stratégie pour surprendre ?
Chez les Lionnes U17, le flou persiste. Suspendu, Joseph Ndoko avait été remplacé par Mike Ndoumou lors du dernier Mondial, dans un contexte d’urgence. Toutefois, cette solution provisoire n’a jamais été formalisée. À quelques mois des éliminatoires de la Coupe du Monde féminine U17 2026, la sélection cadette avance sans véritable cap technique clairement établi.
Le Cameroun affrontera l’Algérie au premier tour, avec un match aller prévu entre le 10 et le 12 avril, puis un retour entre le 17 et le 19 avril 2026. En cas de qualification, les Lionnes devront croiser le vainqueur du duel Tunisie – Sénégal. Un parcours exigeant, qui nécessite une préparation rigoureuse, une identité et surtout un leadership technique fort. Or, dans un football moderne où l’anticipation et la continuité sont essentielles, l’absence d’un sélectionneur officiellement installé fragilise le travail de fond, notamment sur le plan tactique, psychologique et organisationnel.
U20 : des résultats éclatants qui masquent une fragilité structurelle
La situation des Lionnes U20 semble plus rassurante sur le terrain, mais demeure fragile en coulisses. Nommé en juillet 2024, Ibrahim Hassan Balla continue d’exercer en qualité d’entraîneur par intérim, sans confirmation officielle à la tête de la sélection. Pourtant, les résultats parlent en sa faveur. Le Cameroun a littéralement survolé le deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du Monde féminine U20 2026, infligeant deux lourdes défaites au Niger : 9-0 à Niamey, puis 9-0 à Yaoundé, au stade d’Olembe, en septembre 2025.
Ces performances témoignent du potentiel de la génération actuelle, mais elles ne doivent pas occulter le fond du problème : peut-on construire un projet sportif durable avec un encadrement technique maintenu dans la précarité institutionnelle ? Le prochain adversaire, le Botswana, représentera un test plus structuré, face à une équipe souvent bien organisée et disciplinée. Là encore, la stabilité du staff pourrait faire la différence. Ne faudrait-il pas officialisé Hassan Balla comme sélectionneur principal pour continuer le travail de fond qu’il a commencé avec les lionnes U20 ?
Sélection A : une CAN féminine sans patron de banc
C’est sans doute au niveau de la sélection nationale A que la situation est la plus préoccupante. Depuis l’éviction de Jean-Baptiste Bisseck, le 28 octobre 2025, les Lionnes Indomptables seniors sont sans sélectionneur principal officiellement désigné. Malgré la présence du nom d’Alain DJEUMFA sur le site de la CAF en tant que nouveau sélectionneur des lionnes indomptables du Cameroun.
Pourtant, la CAN féminine au Maroc approche à grands pas. Le Cameroun est attendu dès le 18 mars face au Mali, avant d’affronter le Ghana le 21 mars, puis le Cap-Vert le 24 mars, en phase de groupes. Des adversaires aux profils variés, qui exigent une préparation tactique spécifique et une gestion fine de l’effectif.
Un mal récurrent du football féminin camerounais ?
Au-delà des cas spécifiques, cette situation met en lumière une problématique plus profonde : la place accordée au football féminin dans la planification sportive nationale. Malgré les progrès réalisés ces dernières années et la reconnaissance internationale des Lionnes, la gestion institutionnelle semble encore marquée par l’improvisation et les décisions tardives.
Dans un environnement africain de plus en plus concurrentiel, où des nations comme le Maroc, l’Afrique du Sud ou le Nigeria investissent massivement dans la structuration du football féminin, le Cameroun ne peut se permettre de naviguer à vue.
L’urgence d’une décision forte
Les Lionnes Indomptables, toutes catégories confondues, disposent du talent, de l’expérience et de la fierté nécessaires pour défendre dignement les couleurs nationales. Mais le haut niveau ne s’improvise pas. Il se prépare, s’organise et se sécurise.
La balle est désormais dans le camp de la FECAFOOT, appelée à prendre des décisions claires et rapides. Nommer officiellement des sélectionneurs principaux ne serait pas seulement un acte administratif, mais un signal fort envoyé aux joueuses, aux supporters et au continent : celui d’un Cameroun ambitieux, structuré et déterminé à rester une référence du football féminin africain. Cela va permettre une meilleure préparation et une meilleure organisation pour espérer toucher le haut sommet du football africain et mondial.


