Réélu le 29 novembre dernier avec 85 voix, soit le double de son score en 2021, Samuel Eto’o entame un second mandat à la tête de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) avec un discours axé sur quatre grands chantiers : redonner les valeurs à l’équipe nationale, rendre le label “Lions Indomptables” attractif, rehausser l’attrait des championnats locaux, et renforcer l’autonomie de la Fédération .Mais derrière ces axes officiels, le football camerounais traverse une crise profonde. Scandales, tensions institutionnelles, instabilité managériale, infrastructures insuffisantes : la reconstruction de ce secteur vital du sport national exige beaucoup plus qu’une feuille de route en quatre points.
Durant son premier mandat, deux infrastructures ont véritablement vu le jour : le stade de Kousseri dans l’Extrême-Nord et le stade de proximité de Bamenda dans le Nord-Ouest. Ces réalisations menées avec le PNUD s’inscrivaient pourtant dans un ambitieux programme de dix stades, dont seulement deux ont été concrétisés. Sur l’ensemble du territoire, la réalité demeure préoccupante : la majorité des clubs évoluent sur des terrains sablonneux, parfois impraticables en saison des pluies. La modernisation des infrastructures sportives, pourtant essentielle au développement du football national, reste un chantier immense.
Le début du second mandat d’Eto’o intervient dans un contexte marqué par une instabilité interne sans précédent. Plusieurs cadres de l’administration fédérale secrétaires généraux, directeurs techniques… ont démissionné au cours des quatre dernières années. Ils pointaient tous une gestion jugée autoritaire, un climat de travail délétère et un manque de collégialité dans les prises de décision.
À cela s’ajoutent des tensions répétées avec le ministère des Sports. Les relations houleuses entre la Fecafoot et le Minsep ont paralysé des dossiers essentiels comme les nominations, la supervision des sélections ou la gestion administrative. Sans une collaboration stable avec l’État, aucune réforme sérieuse ne pourra être menée jusqu’au bout.
Scandales éthiques et judiciaires : une image écornée
Le premier mandat d’Eto’o a été secoué par une série d’affaires qui ont fortement entaché la réputation du football camerounais. Entre la condamnation pour fraude fiscale en Espagne, l’affaire des 600 000 dollars du match Mexique – Cameroun examinée par les autorités américaines, l’audio lié à un match présumé truqué en Elite Two, et les sanctions imposées par la FIFA et la CAF sur la critique de l’arbitrage, la crédibilité de l’institution a été mise à rude épreuve.
Des clubs confrontés à une précarité chronique
La modernisation des championnats annoncée depuis plusieurs années peine à se matérialiser sur le terrain. Dans de nombreux clubs, les salaires sont payés avec plusieurs mois de retard, la sécurité sociale est inexistante, et les structures dépendent presque exclusivement des subventions de l’État. La situation des arbitres est tout aussi alarmante : en 2025, ils étaient en grève pour réclamer plus de 300 millions FCFA d’indemnités impayées. La fragilité financière du football local reste un problème structurel majeur.
Les sélections de jeunes en difficulté
Les mauvais résultats enregistrés par les équipes U15, U17, U20 et U23 ces dernières années témoignent d’un dysfonctionnement profond. L’absence de véritables centres de formation, l’insuffisance de l’encadrement technique et l’absence d’un projet cohérent de développement risquent de sacrifier toute une génération. Reconstruire les valeurs de l’équipe nationale passe aussi par la base : sans jeunes bien formés, aucune sélection ne peut durablement briller.
Des performances sportives loin des attentes
Sur le plan sportif, les Lions Indomptables ont connu des résultats décevants, marqués par des éliminations précoces et une absence de direction tactique claire. Les changements fréquents de sélectionneurs ont contribué à créer un manque de stabilité, accentuant la crise de confiance entre les joueurs, le staff et les supporters.
Un appel à l’unité et à la discipline
Dans son discours de réélection, Samuel Eto’o a insisté sur la nécessité de restaurer la discipline, d’améliorer l’image de l’équipe nationale et de rassembler tous les acteurs du football. Il affirme vouloir mettre fin aux pratiques nuisibles afin de bâtir un environnement plus sain et plus crédible.
Si les quatre axes annoncés par Eto’o donnent une orientation claire, ils ne suffisent pas à eux seuls à résoudre les multiples dysfonctionnements du football camerounais. La réforme doit être globale et toucher à des domaines essentiels : gouvernance interne, formation des jeunes, finances des clubs, relations avec l’État, transparence, professionnalisation des championnats et moralisation de la pratique sportive.
Le défi est colossal : c’est tout un système qui doit être repensé.
Le second mandat de Samuel Eto’o apparaît comme une nouvelle opportunité pour redresser la trajectoire du football camerounais. Mais les attentes du public vont bien au-delà des quatre chantiers officiels. C’est une transformation profonde, structurée et durable qui est espérée. Seul un leadership apaisé, une vision claire et une mobilisation collective permettront de reconstruire un football camerounais digne de son histoire et de ses ambitions.


